La vidéo d’un jihadiste tunisien suscite l’indignation

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Human Rights Watch a demandé mercredi 25 juin à la Tunisie de poursuivre ses ressortissants impliqués dans des crimes de guerre en Irak et en Syrie.

Cette demande est intervenue deux jours après que le ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou ait confirmé qu’au moins 2 400 jihadistes tunisiens “combattaient en Syrie, pour la plupart sous le drapeau de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL) et de Jabhat al-Nusra, un mouvement affilié à al-Qaida en Syrie”.

Selon Nadim Houry, l’un des responsables de Human Rights Watch (HRW), la vidéo publiée sur Facebookmontrant “un Tunisien impliqué dans le meurtre de gardes-frontières irakiens devrait être pour les autorités tunisiennes un appel à enquêter et poursuivre tout crime de guerre commis par des ressortissants tunisiens en Irak et en Syrie”.

“Abu Hamza al-Mouhamadi, qui apparaît sous ce qui semble être son nom de guerre, est vu en train d’interroger cinq gardes prisonniers et de les gifler. Dans une seconde vidéo, il ordonne à ces prisonniers de prêter allégeance à l’EIIL et de dénoncer le Premier ministre irakien Nuri al-Maliki”, ajoute ce rapport de HRW.

Après que l’un des prisonniers ait refusé de répéter le slogan “L’Etat de l’Islam pour toujours”, Abu Hamza le pousse au sol, place un pistolet sur sa gorge et renouvelle sa demande.

L’exécution elle-même n’est pas diffusée, mais ce garde est vu ensuite mort d’une balle en plein visage.

“Lorsqu’un extrémiste tunisien se vante aussi impunément de sescrimes sur l’internet, les autorités devraient envoyer un message clair et univoque à tous les Tunisiens, affirmant qu’elles ne toléreront pas une telle conduite”, explique Houry.

Alors que ces vidéos explicites circulent sur l’internet, les Tunisiens apportent leur soutien à la demande d’actionlancée par HRW.

Noureddine Lembarki, spécialiste des groupes islamistes, estime qu’en plus de poursuivre les jihadistes, la Tunisie devrait également enquêter sur “les parties qui ont facilité leurs déplacements et leur ont assuré une couverture politique”. Ces facilitateurs “ont directement contribué à ces crimes

“L’appel lancé en faveur d’une enquête sur les Tunisiens impliqués dans des meurtres à grande échelle en Syrie et en Irak confirme la nécessité pour la Tunisie d’accélérer l’adoption d’une loi antiterroriste, dont les chapitres pénaliseront le fait de transporter des armes à l’étranger”, ajoute-t-il.

Comme le fait valoir le militant politique Mohamed Safi Jalali, une action de la part du gouvernement tunisien sur cette affaire permettrait également de dissuader quiconque serait tenté d’aller combattre dans un autre pays.

“Ils y réfléchiraient alors à deux fois avant de se lancer dans l’aventure”, ajoute-t-il. Des charges criminelles aideraient à protéger le reste du monde contre ces tueurs, “parce que le feu se propagera bientôt partout”, poursuit-il.

La militante Sara Belhaj Ali estime que les Tunisiens impliqués dans le jihad à l’étranger devraient être jugés par des tribunaux internationaux.

“Cela les empêcherait d’échapper à leur punition et d’aller renouveler leurs actes ailleurs”, explique-t-elle.