En Tunisie, la ministre du tourisme fait les frais de sa « selfimania »

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Partager facebook twitter google + linkedin pinterest Grande adepte du selfie – ces autoportraits numériques pris avec un téléphone portable –, la ministre du tourisme de Tunisie, Amel Karboul, 41 ans, en fait aujourd’hui les frais. Depuis sa nomination, en janvier, dans le gouvernement apolitique de Mehdi Jomaa, la benjamine de l’équipe, première femme à s’occuper du portefeuille stratégique du tourisme, n’a certes pas ménagé sa peine pour promouvoir son pays et tenter de dépoussiérer l’image compassée de ministres en costume-cravate. Mais trop de selfies tue le selfie. Accompagnant le chef du gouvernement en visite officielle les 17 et 18 juin en Allemagne, où elle a fait ses études, Amel Karboul a été épinglée dans les médias en train de s’adonner à son hobby préféré avec ses homologues et conseillers allemands, tandis que le ministre tunisien des affaires étrangères, Mongi Hamdi, tournant le dos, paraissait bouder la séance. Du couturier Azzedine Alaïa au ministre des affaires étrangères français, Laurent Fabius, en passant le chanteur algérien Cheb Khaled, ils sont nombreux à figurer au côté d’une Amel Karboul hilare dans son album Twitter. Louée au début pour son dynamisme et sa pratique du happening permanent, cette spécialiste du management et du coaching, qui possède sa propre chaîne vidéo YouTube, a cependant fini par lasser. Un selfie devant la glace d’une salle de bains, censé promouvoir une maison d’hôte à Nabeul, a fait grincer des dents. SUPER VRP DE LA TUNISIE
SUPER VRP DE LA TUNISIE Des « faux » autoportraits numériques sont alors apparus sur les réseaux sociaux. Amel Karboul posant avec Chokri Belaïd, l’opposant assassiné en février 2013, ou Amel Karboul avec Abou Ayad, chef du groupe islamiste radical Ansar al-Charia, accusé de terrorisme et recherché… Le cliché montrant la super VRP de la Tunisie en train de faire un tour de manège juchée sur un cheval de bois pour l’inauguration du parc d’attractions de Carthage était bien réel, lui. Et il a suscité des commentaires peu amènes. « Nous avons atteint notre objectif de 5 millions de photos pris par la ministre », ironise un internaute. « Et c’est reparti, Kaboul par-ci, Kaboul par-là », soupire une autre. Pis, la campagne de propreté lancée depuis la fin du mois de mai par Amel Karboul – en photo avec un sac plastique à la main, ou en train de peindre de blanc le pied d’un palmier – a déclenché une vague de selfies de Tunisiens posant un peu partout dans le pays devant des tas d’immondices, pour participer à la campagne de sensibilisation. Ce qui n’est pas, précisément, la meilleure image promotionnelle de la Tunisie. Qu’importe. Amel Karboul ne s’arrête jamais et repousse les demandes d’entretien de la presse. « Agenda hyperchargé », répond-t-on dans son entourage. « SE CONTENTER DU SUPERFLU » Mais la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), a fini par craquer. Dans un communiqué publié le 9 juin, les hôteliers démentent l’optimisme indéboulonnable d’Amel Karboul sur la prochaine saison. « Au début de 2014, le mouvement de sympathie quasi unanime suscité dans le monde par la promulgation de la Constitution et le changement de gouvernement levait l’hypothèque sur la mauvaise image créée par trois années d’instabilité, écrivent ces professionnels. Force est de constater que, cinq mois après, nous avons gaspillé ce capital puisque les résultats ne sont pas là. » Et d’enfoncer le clou, en dénonçant les « apparitions médiatiques » : « Notre ministère semble avoir renoncé à l’essentiel pour se contenter du superflu ». Dernière fâcherie : la diffusion d’un spot à destination des touristes canadiens. « Elle se met en avant », a fustigé, le 19 juin, le quotidien La Presse en critiquant son choix de vanter… la harissa. « Voilà un argument trop court, trop léger, alors que la Tunisie, riche de trois mille ans d’histoire, jouit de richesses culturelles fabuleuses… » Gare au prochain selfie
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Par Isabelle Mandraud
Journal le monde 29.06.2014