L’amour des avocats genevois pour Panama #offshore #evasionfiscale #geneve #suisse

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Grâce à un hacker anglais, le registre du commerce du petit pays d’Amérique centrale livre ses secrets. Des avocats et financiers du bout du lac y ont ouvert des sociétés «offshore».
Une véritable boîte de pandore. Alors que la masse de documents du «Offshore Leaks» commence à peine à sortir au grand jour, le Panama, petit paradis fiscal d’Amérique centrale, vient d’être frontalement mis à nu. Depuis peu, son registre du commerce en ligne bénéficie d’une surprenante transparence grâce au moteur de recherche développé par un jeune informaticien anglais1 (lire ci-dessous).

Et le résultat est probant: Bonnant, Warluzel, Merkt, Grumbach, Barillon, Pictet, Lombard, Hentsch, Mirabaud, Barbier-Muller accompagnent un certain Reyl… Avocats, promoteurs, banquiers, notaires, en quelques clics, on découvre que des dizaines de noms genevois sont associés à une ou plusieurs sociétés «offshore» au Panama. Certains avocats d’affaires ou gérants de fortunes en ont même administré des centaines! Parfois depuis les années 1960 – beaucoup d’entre elles ont été liquidées entre-temps.

Qui se cache ou se cachait derrière ces sociétés? Dans quel but ont-elles été constituées? Impossible de le savoir précisément. Mais les atouts de la petite république d’Amérique centrale sont bien connus: anonymat et exonération d’impôt pour les sociétés non résidentes (lire ci-dessous).

«Optimisation fiscale»
Dans ce contexte, le Panama fait partie des eldorados souvent décriés en matière d’évasion et de fraude fiscale, de dissimulation de fonds ou de blanchiment d’argent. Toutefois, rien ne permet de savoir si les sociétés offshore cachent des pratiques illégales. De l’autre côté de l’Atlantique, à Genève, les avocats concernés que nous avons interrogés parlent plutôt d’«optimisation fiscale», de «planification successorale» ou de «stratégies financières».

Mais l’envergure de la pratique a de quoi interpeller. Parmi les ténors du barreau du bout du lac, ils sont peu nombreux à ne pas avoir, un jour ou l’autre, figuré au registre panaméen. Parmi les plus présents, Enrico Monfrini, connu pour avoir enquêté sur les avoirs des Abacha, Duvalier, et actuellement sur ceux de Ben Ali, est associé à 160 sociétés. Le nom de Philippe Grumbach, ancien président de la CICAD, apparaît dans 176 d’entre elles. On compte encore l’actuel président du Conseil d’administration des HUG Michel Halpérin (32), les célèbres Marc Bonnant (21) et Dominique Warluzel (12), ou l’illustre Jacques Barillon (1).

L’ancien procureur général Daniel Zappelli figure aussi dans le registre – pour des sociétés administrées dans les années 1990 alors qu’il était avocat –, tout comme le régisseur Thierry Barbier-Mueller, Geert Descheemaeker, l’ex-secrétaire général de l’Association genevoise du négoce et de l’affrètement. Dominique Reyl, président de Reyl&Cie – la fameuse banque qui aurait permis à Jérôme Cahuzac de transférer son argent de la Suisse vers Singapour –, a géré, quant à lui, une douzaine de sociétés.

Un homme, 767 sociétés
Mais la palme revient sans conteste à René Merkt, connu pour avoir été le «banquier suisse» de Liliane Bettencourt (L’Oréal). L’avocat apparaît comme «director» de 767 sociétés, créées entre les années 1960 et les années 2000! Contacté, il nous raccroche d’abord au nez, avant de reprendre: «Ces compagnies ne m’appartiennent pas vraiment. Mais si vous le dites, peut-être que je figurerai au Guiness Book!»

Non loin derrière, on trouve un homme peu connu mais actif depuis fort longtemps à Genève, l’avocat Alain Köstenbaum. Pas moins de 330 sociétés sont enregistrées à son nom. La plupart sont aujourd’hui inactives, insiste-t-il. Quel est leur but? «Cela s’inscrit dans le cadre de mes activités d’avocat d’affaires, soumises à des régulations. Il s’agit de planification successorale ou de stratégie financière», assure-t-il.

Quant à l’évasion, la fraude ou l’optimisation fiscale? Tout en nuance, notre homme répond: «En fonction de l’habileté à interpréter le cadre législatif, il s’agit de minimiser, là où on peut, l’impact fiscal d’une opération financière.»

Un «signal d’alarme»
L’ancien député libéral Michel Halpérin, après avoir coupé court à notre téléphone, relativise: «L’optimisation fiscale peut être un des motifs mais ce n’est de loin pas le seul.» L’avocat évoque de nombreuses bonnes raisons de choisir le Panama, «dans la plupart des cas légitimes et sous la surveillance d’organismes d’autorégulation».

Parmi elles, la création facile, rapide, et à bas prix de sociétés, ou la discrétion. «C’est un outil très utile pour l’acquisition d’un bien, par exemple immobilier, apprécié des clients souhaitant préserver leur sphère privée.» Bref, une activité tout ce qu’il y a plus de banale pour un avocat d’affaires de la place. Lui-même avoue ne pas connaître le nombre des sociétés offshore pour lesquelles il fait ou a fait figure d’intermédiaire financier.

Le journaliste financier Nicholas Shaxson, auteur d’un ouvrage sur les paradis fiscaux2 livre une analyse bien plus critique: «Administrer des centaines de sociétés offshore n’a rien d’une activité normale. N’importe qui devrait prendre ces informations comme un signal d’alarme.» Pour le Britannique basé à Zurich, le problème réside dans l’énorme zone grise qui demeure entre la légalité et l’illégalité. «La vraie question est: pourquoi aller jusqu’au Panama? Il est possible que certaines de ces sociétés soient tout à fait régulières, tout comme il est très probable qu’une partie d’entre elles cachent des activités criminelles, des opérations d’évasion fiscale ou la fortune d’un client en plein divorce
article source :http://www.lecourrier.ch

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